Un hommage posthume vient d’être rendu à Thorvald, le plus vieil hérisson d’Europe, mort  au Royaume de Danemark à l’âge de 16 ans,  dépassant de loin la durée de vie moyenne de ses congénères, moins de 2 ans (1). Cependant la même étude démographique sur les populations de hérisson de la péninsule qui compile des données sur plus de vingt ans laisse entrevoir que ce cas isolé ne doit pas occulter la réalité : l’espèce Erinaceus europaeus est en grand danger d’extinction à court terme.

Comment le dénommé et désormais célèbre Thorvald (2)  a-t-il pu survivre ?  D’autant que son domaine, la péninsule danoise, n’a pas bonne réputation dans la littérature. Un héros de Shakespeare ne la décrit-il pas rongée la corruption… Mais dans les autres pays les hérissons bénéficient-ils de plus d’attention ? On peut en douter. Les statistiques sont cruelles à leur propos, jusqu’à considérer l’espèce en déclin dans de nombreux pays d’Europe, pire menacée d’extinction. Ainsi en Grande Bretagne dans les années 50, les savants du British Museum estimaient qu’environ 30 millions de hérissons vivaient dans le pays. On en compterait aujourd’hui moins d’un million. 

Les raisons de la chute démographique de Erinaceus europaeus sont nombreuses. Bien que les hérissons  puissent survivre dans des habitats aussi bien urbains que ruraux, leur désir de vivre et procréer en toute légalité est parsemée d’embûches, jusqu’à troubler leur rythme annuel de vie et de reproduction qui de l’automne au printemps les voit plonger en léthargie,  a contrario des activités  humaines qui elles ne souffrent aucun répit, jusqu’à détruire leurs habitats à longueur d’année. Et puis il y a la fragmentation des paysages due aux infrastructures routières, ferroviaires et aquatiques, et réquentées à longueur de nuit et de journée, autant d’obstacles qui voient périr nombre d’animaux, en particulier au moment du rut alors que les mâles  cherchent à procréer. A cela s’ajoute que jardins et cultures regorgent de produits chimiques toxiques, rodenticides et autres, qui empoisonnent sournoisement les proies éventuelles des hérissons, insectes, vers, reptiles et batraciens. Sans oublier que leurs prédateurs , renards et blaireaux sont tout aussi affamés qu’eux… 

Afin d’évaluer avec précision les tendances démographiques à long terme pour cette espèce dans leur pays, des chercheurs danois ont mobilisé 300 volontaires sur une longue période, 20 ans, afin de collationner les restes osseux de hérissons et  estimer l’âge de chacun. 

Lieux de prélèvement des restes de hérisson au Danemark . D’après réf. 1

 

Pour ce faire ils ont eu recours au rythme de croissance en calcium que l’on peut évaluer à partir de leurs ossements : dans la mesure où les animaux hibernent environ 6 mois, il y a arrêt de la croissance osseuse dont le calcium est un marqueur, et on peut donc comme on le fait sur un arbre compter les anneaux de croissance qui se succèdent au fil des ans. 

La mâchoire du hérisson peut être utilisée pour déterminer son âge

 

Avant de relever le record de leur doyen Thorvald avec 16 ans,  sur les 700 squelettes expertisés, ils ont pu estimer que certains avaient atteint entre 9 et  13 ans. 

Au final l’étude montre que les mâles vivent plus longtemps que les femelle, en moyenne 2.1 ans contre, 1.6 pour ces dernières, loin donc des records précédemment relevés.  En extrapolant ces chiffres, on peut avancer que l’espérance de vie des hérissons s’est vu récemment divisée par cinq.

La route est particulièrement meurtrière pour ces animaux : 56% de leur échantillon y ont perdu la vie, et ce sont les mâles qui paient le plus lourd tribu; le coeur de l’été leur étant le plus défavirable. A terme il sera difficile d’inverser la tendance à moins que comme le propose l’humoriste Ed McLachlan un coup de baguette magique n’inverse  ce fatum « poids lourd ». 

 

Rêve de hérisson d’après Ed McLachlan

Dans l’état, on doit constater que l’avenir des hérissons sur notre planète est sombre, très compromis à très court terme. Comme celui de tant et tant d’espèces sauvages réduites à la survie au cours du dernier demi siècle dans des conditions de plus en plus précaires : insectes, oiseaux, reptiles, batraciens et mammifères grands et petits, toutes leurs populations sont en « chute libre ».  Expression casse-cou qui sous-entend que leur avenir s’apparente au néant.

) S.L.; Berg, T.B.; Martens, H.J.; Jones, O.R. Anyone Can Get Old—All You Have to Do Is Live Long Enough: Understanding Mortality and Life Expectancy in European Hedgehogs (Erinaceus europaeus). Animals 2023, 13, 626. https://doi.org/10.3

 (2) L’étymologie de ce prénom nordique rare propose « fils d’Ulvald », donc fils de loup.