Tout nu, tout bronzé dit la chanson. C’est l’été, et le moment de se mettre à poil et se regarder de près. Ainsi en a décidé une équipe de physiciens cristallographes brésiliens qui ont soumis un cheveu humain au faisceau des rayons X de leur synchrotron (1). Ils nous disent qu’un cheveu, ce n’est pas si simple. C’est même plus compliqué que se qu’on croyait. Certes poils et cheveux sont composés de fibres de kératine secrétées par le bulbe pileux. Mais à y regarder de près, il y a kératine et kératine. Et ce ne sont pas les centaines de milliers de capilliculteurs qui se penchent quotidiennement sur nos chefs et shampouinent, démêlent, ordonnent et teintent nos chevelures qui les contrediront.
Un cheveu, 0.4 à 1.2 mmm de diamètre, est composée de trois couches : la cuticule externe, le cortex et la moelle. La première est une enveloppe protectrice faite de 5 à 6 couches d’une kératine assemblée en tuiles imbriquées incolores, ce qui permet à la lumière de jouer sur les pigments colorés de la couche inférieure. Cette cuticule assure l’élasticité et le brillant de la chevelure, tant que le cheveu est « jeune », non altéré.
Le cortex est l’élément fort et le plus épais du cheveu puisqu’il constitue près de 90 % de son épaisseur. Il est composé de fibres de kératine en faisceaux jointifs « cimentés » par un autre type de kératine plus diffus. Cet ensemble est teinté par des pigments de mélanine qui donnent sa couleur au cheveu. Suivant la plus ou moins grande densité en mélanine, le spectre de coloration varie du noir de jais, au brun, blond et roux, et le cheveu blanc signe son absence.
La moelle est variable en diamètre, plus développé pour un cheveu épais, quasi indécelable lorsque le cheveu est fin.
Poils et cheveux naissent dans le bulbe enfoncé dans la peau. Le follicule capillaire, qu’il donne naissance à un cheveu, un poil de barbe ou pubien, voire situé en tout autre partie du corps, fait corps avec le derme cutané, et a l’aspect d’un oignon de 3 mm de long. Sa base est nourrie par des vaisseaux capillaires sanguins, et ses annexes sont des glandes sébacées. Dans ce bulbe réside deux types de cellules, celles qui fabriquent la kératine, celles qui génèrent les pigments cellulaires, les mélanocytes.
Micrographie en fausse couleur d’un cheveu humain : en haut l’enveloppe externe dénommée cuticule ; en bas et au centre les micro fibrilles de qui forment le cortex. Image credit: Fabiano Emmanuel Montoro / LNNano / CNPEM.
Ce que les chercheurs brésiliens ont mis en évidence est la structure à une échelle jusqu’ici inusitée des 3 couches de kératine. A l’échelle incroyable de 30 micron, ils ont été capables de visualiser la structure, composition et arrangement des molécules de kératine et d’évaluer quelles parties sont composées de kératine alpha et celles faites en kératine béta.
De leurs travaux ressort une nouvelle image de la structure du cheveu. Jusque là on croyait que la kératine dans son ensemble était de la forme alpha. Cette étude met en lumière que les différentes couches ont une composition plus variable, et un cheveu est de fait un système polymorphe avec des qualités structurales variables suivant les couches qui le composent.
Cette découverte est d’importance pour tous les fabricants de shampoing qui oeuvrent de par le monde. Elle ouvre de nouvelles voies dans leurs recherches pour la mise au point de produits capillaires toujours plus performants. Il faut en particulier que dans notre pays soit saisie l’occasion de doper notre industrie des cosmétiques, et pour cause. On le sait, ses bénéfices irriguent avec bonheur la vie politique de la France depuis longtemps, favorisent l’éclosion et l’entretien de nouvelles têtes dans leurs instances, et sont un appoint non négligeable dans les campagnes électorales. Après la kératine alpha longtemps la seule soutenuelongue vie à la kératine béta qui s’annonce encore plus prometteuse
Et pour conclure un conseil de lecture double. D’abord le très bon dossier du CNRS : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doschim/decouv/cheveux/
Et puis pour à la plage, à la montagne, à la campagne ou ailleurs cette « HISTOIRE du POIL », sous la direction de Marie-France Auzepy et Joël Cornette, ouvrage de 325 pages paru aux éditions Belin en 2011. Loin d’être barbants, les auteurs nous montrent que le poil est un objet d’histoire et aussi de religion. Sa présence ou son absence sur les différentes parties du corps, des plus intimes aux plus visibles, est un signe qui a à voir avec la mode, le genre, les dieux, la politique, la guerre et même la psychanalyse.
1) Vesna Stanic et al. Sub-micron X-ray Beam Study of Human Hair. American Crystallographic Association 2015 Meeting, abstract # 4.2.4.02
